Les Grands-Mères

Deux grands-mères, serrées l’une contre l’autre, sortent du Super U.
A pas de souris, elles progressent sur la neige, fragiles petites siamoises emmitouflées. Leurs têtes soudées sont coiffées de fourrures noires.
L’hiver enrobe leur silhouette
ombre, en motte de beurre.
Il neige des têtes de chats.
Sur la route des gorges, une Clio blanche se cabre.
Le torrent est glacé.
Ses gros yeux embrumés sont dilatés.
Elle zigzague rageusement, double le voile de neige et se venge du temps.
Les essuies glaces excités massacrent des flocons hérétiques.
lle tangue, accélère en jubilant.
Des formes menaçantes surgissent sans crier gare.
es pneus crantés griffent la neige.
Les raclements tourmentés du moteur vous
érissent le poil.
Le hurlement des freins vous gèle le coeur.
oudain, un mur figé de givre sort du néant.
ancée à toute vitesse, elle braque sur son axe.
Les roues chassent.
La caisse furibonde s’incline sur le ventre, et vient s’emplâtrer sur le bas-côté.
Choc mou, beurré, couinement animal.
Une petite vieille vociférante sort dans un tourment de portière.
Son bonnet est planté sur de grosses lunettes teintées.
Un filet sombre dégouline de son nez.
Des gouttes de sang se figent dans la neige.
Elle jette un regard opaque vers la masse noire, fantomatique, poudrée de neige.
Dégoûtée, la Clio recule avec indifférence en maltraitant sénilement ses pignons.
Les roues enfouissent en jouissant un cadavre de fourrures noires encore chaudes.

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