Fondue

Une petite ville grise. Un bloc d’immeubles. Un studio.
Assise sur son lit, Tania retourne la boule à neige « dauphin » puis la pose sur la table de nuit à côté de la seringue chargée. La jeune femme se shoote, s’allonge…
… le sable humide sous son dos. Le bruit des vagues. Elle ouvre les yeux. Un soleil blanc perce le sommet du ciel comme une tache de Javel sur un jean usé.
Une voix suave dit :
– Tu sais où est passée la neige ?
Tania se redresse sur ses coudes osseux.
Un dauphin émerge de la surface ondulante. L’animal bleu électrique la fixe et répète :
– Tu sais où est passée la neige ?
Tania se frotte les yeux.
– Euh… la neige ? Quelle neige ?
Le dauphin soupire.
– La neige qui tombe en gros flocons sur mon dos et me donne des frissons dans toute la colonne vertébrale… J’adore Ça.
Tania se lève, met une main en visière et regarde tout autour d’elle.
– Je sais pas. Elle a fondu ? Il fait pas trop chaud, non ?
Le dauphin éponge son front bombé d’un coup de nageoire.
– Oui, c’est vrai que ça tape dur.
Il exécute un saut en tire-bouchon puis disparaît sous la surface.
Tania avance dans l’eau cristalline. Et perd pied. Le soleil s’éloigne. Le soleil se contracte comme une pupille…
Les yeux grands ouverts de Tania fixent le plafond tâché.
Ses lèvres bleutées sont comme deux vagues pétrifiées.
Une paillette glisse sur le dos du dauphin en plastique et tombe sur la couche blanche et immobile qui tapisse le fond de la boule à neige.

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