Je marche

Nous étions six et il n’y a plus que moi. Je marche. De la neige jusqu’aux mollets. Je ne vois plus rien que cette étendue blanche, elle scintille dans la nuit. Au-dessus, les étoiles me regardent. Il ne neige plus. Je marche depuis des heures, je ne sens plus mes pieds. Nous étions six et il n’y a plus que moi. Il fait si froid. Il s’est mis à neiger, vraiment fort. Alors on s’est réfugiés entre des rochers, longtemps. Toute la nuit, je crois. Il neigeait si fort. Je ne sens plus mes mains non plus. Parfois, je te vois, ma mère chérie, tu marches avec moi. Je t’ai laissée il y a un an et deux mois. Pour venir ici, en France. Là où tu vis, il n’y a pas de neige. Je marche avec vous, mes frères, ma petite sœur, mon village, vous me dites « Allez, Mamadou, continue ! » Alors, je marche. Les autres, sont restés là bas, entre les rochers. Ils ont bien essayé de se relever mais ne le pouvaient plus. « Vas-y, Mamadou, tu peux y arriver, toi ! » Alors j’ai continué. Je descends le col depuis un moment, je ne sens plus mes pieds. Le soleil chauffe ma peau, tes yeux se posent sur moi, je marche avec vous, devant notre petite maison. Ton sourire illumine ma souffrance. J’en ai traversé des paysages pour commencer à vivre. Je marche. Seront-ils morts de froid et d’indifférence lorsqu’on les retrouvera ? La silhouette a surgit de la nuit, a posé une couverture sur mes épaules et m’a dit : « Tu es en sécurité maintenant, nous sommes là pour t’aider. »

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