Je n’aime pas le ski

On s’était rencontrés sur une piste de ski et cela avait été le coup de foudre. Sauf que moi, je détestais le ski. J’accompagnais des amis fondus de poudreuse, il fallait bien que je m’intègre. Balades et vins chauds pour moi. Puis me voilà à arpenter la neige à la recherche de mes clés de voiture. Les yeux rivés sur l’étendue blanche, je ne l’avais pas vu venir.
— Vous cherchez quelque chose ?
Son regard bleu et sa silhouette athlétique engoncée dans sa tenue jaune fluo, on était dans les années quatre-vingt, m’avaient toute retournée. On avait retrouvé mes clés au fond de mon sac et on ne s’était plus quittés. Mais chaque année, j’endossais le rôle de la parfaite skieuse, pour son plaisir. Trente ans à sourire comme une idiote, à dissimuler mon manque total de motivation, ma peur des remontées mécaniques, à trouver des excuses pour faire des pauses. Mais pour quoi au final ? Ce grand con me trompait depuis des années alors que son charme avait évolué inversement à sa calvitie et à son embonpoint. Je ne supportais plus, ni lui, ni ses blagues débiles. Comme celle où il soulevait la barre du télésiège, pile au-dessus du vide le plus haut, malgré ma peur panique. Tout le monde lui disait de cesser ce jeu stupide. Mais il continuait :
— Tu ne risques rien !
Alors, je l’ai poussé. J’ai fais ça sans réfléchir. Il ne s’y attendait pas du tout et est tombé sans difficulté, une très belle chute vue la hauteur, avec choc fatal à l’arrivée. Je n’ai pas eu le temps de prendre une photo.