Le cri de la Pâquerette

Au col de l’Echelle, le grand mélèze gémit de toutes ses branches. Les feux arrière des voitures s’éloignent dans la nuit. Des montagnards bienveillants sont montés depuis la vallée de la Clarée. Leur torche balaie la clairière enneigée. Trop tard ! Des traces se bousculent. Le faisceau de lumière vacille avec horreur. Une nappe de sang rouge est cristallisée dans la neige. Le groupe de pauvres hères, épuisés,dépouillés, perdus est en train d’être reconduit à la frontière. L’aubier de l’arbre tremble et son coeur se serre.
Plus bas au Pian Del Colle, Christophe le Saint patron des voyageurs prie pour leur salut. Il en a vu passer depuis des siècles : ouvriers, contrebandiers, caravanes de passage. Depuis Montgenèvre, la route les emmène vers la gare. Dans la plaine, c’est déjà le printemps. L’herbe est fraîche sur la pelouse. Au petit jour, une jeune femme s’effondre doucement dans un fatras de tissus. Son pied nu sort d’une vieille chaussure éventrée. Son bras vient se lover contre son ventre rond. Modestement, une petite flamme s’éteint dans le Val di Suza, après un long chemin d’espoir.
Les pâquerettes crient de douleur.

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