Rendez-vous

J’ouvre les volets, il a neigé. Accoudée à la fenêtre, j’admire la blancheur virginale, il fait froid. Quelques flocons virevoltent sous une brise légère.
Je dois partir, l’horloge sonne neuf coups. Je ne dois pas rater mon rendez-vous. Une tasse de café, un dernier regard au miroir. Horreur ! Un bouton sur le nez ? Je ne peux pas sortir comme ça ! Je renverse ma trousse de maquillage dans le lavabo. Je cherche fébrilement mon fond de teint, je n’en mets jamais il doit dater de Mathusalem, mais c’est un cas de force majeure. Un phare sur le nez vous imaginez ? En appliquant la crème salvatrice, je repense à ce court message reçu la veille « 9 h 30 au café des sports – Papa».
Je sors, la neige fraîche crisse sous mes pas, le village est à deux minutes, j’ai largement le temps. J’arrive devant le café, je jette un œil par la porte vitrée, trop de buée, je ne vois rien. Je pousse le battant, je balaye du regard la salle presque vide et je m’assieds en attendant mon père. Cela fait quinze ans qu’il est parti, que me veut-il aujourd’hui ?
Des éclats de voix montent de la rue. Deux clochards avinés se disputent un bouteille de vin et rentrent dans le bar en titubant renversant une table. Poussés dehors par le patron, ils vocifèrent si fort que… je me réveille en sueur, le cœur battant : j’ai encore rêvé de lui.
J’ouvre les volets, la neige est blanche immaculée. Je pars, comme tous les 21 janvier au cimetière. Quelques fleurs sur le marbre blanc… Bon anniversaire papa.