Tatouage Effacé

On traine avec les autres, mais il y a des autres qui trainent aussi. On joue à West Side Story.
Dans la MJC taguée qui dissimule des associations de malfaisants  ; des qui voudraient bien avoir l’air.
Tout seul on est mort.
Alors on voudrait bien être méchants et parfois on le devient ; sans le faire exprès.
Nous c’est les Mareyeurs et eux c’est les Vipérins.
Ils sont du quartier de la forêt, et nous du coin du port.
On évite de se mélanger dans les bars avec les Masques Noirs, des racistes anti blancs, qui cherchent en permanence à en découdre et qui bossent sur les chaluts.
En fait les autres ça va  ; mais les Masques Noirs nous fichent vraiment la pétoche. On rêve de les tuer.
On aimerait bien être comme eux.
On est courageux mais on a peur.
Si on avait pas peur, d’ailleurs, on ne serait pas courageux. Juste des inconscients.
C’est pour ça qu’ils sont forts les Masques Noirs, ils sont inconscients. Nous, on est surtout rageurs, jeunes enragés après rien.
La neige sale des rues, les cadavres de bouteilles dans des sacs en papier et les clodos dans des cartons tous les jours.
On pense que les clochards, c’est nous plus tard.
Notre plus grand courage c’est notre tatouage de clan, tout pourri.
A notre âge on grave notre rage et le soir, on prend la ligne de bus vide et on s’amuse à terroriser des petits ou des nanas avec un polichinelle dans le tiroir.
Le chauffard fait semblant de rien voir.
On va à droite à gauche.
Des fois, on passe à travers, on passe un CAP, on grandit, on tourne la page et on travaille dans un garage.
On essaye d’effacer nos conneries d’un trait de plume, mais ça se lit toujours à nos rires tordus qu’on a gâché nos gueules d’anges en hypocrisies, en lâchetés de bandes.
Ça sert à rien de gommer les tatouages, la rage à marqué nos visages à jamais.
Quand on fait des mômes, on rêve de les mettre au collège privé.
On rêve d’effacer le tatouage.
Mais c’est impossible.
C’est fini l’époque des gloires ouvrières.
J’ai rien de plus à dire.